1. La tentation (1)


    datte: 06/10/2017, Catégories: Lesbienne, Auteur: lipstick, Source: Xstory

    « La tentation fait-elle de nous des coupables ? » Où la prof avait-elle pu dénicher un sujet aussi chiant, se demanda Chloé en mordillant le capuchon de son stylo. Une monstrueuse pile d’ouvrages sur la mythologie et la religion encombrait la table à côté de la feuille à en-tête du devoir, une page vierge à remplir sous peine de se faire remarquer encore, et de s’attirer les quolibets encore. Chloé n’était même plus certaine d’avoir fait le bon choix en intégrant cette faculté de Théologie. Le renom de l’université et le fait que les cours soient ouverts aux laïques l’avaient incitée à rejoindre Toronto après le bac. Et puis, ses parents pouvaient frimer lors des réunions de famille. Une enfant étudiant au Québec pour devenir prof d’histoire médiévale, ça en jette à Noël. La jeune fille tenta de se concentrer. « La tentation est l’attrait pour un interdit moral dont l’image remonte à la pomme d’Eve. » rumina-t-elle, « ou au supplice de Tantale peut-être. » Chloé, en cette fin de journée pluvieuse, n’était plus certaine de rien, sauf de perdre son temps à un devoir qui serait bâclé de toute façon. L’impression d’être observée tira soudain la jeune fille de sa réflexion, ou d’un état contemplatif comme certains auraient aimé le faire remarquer, tant la science en ce lieu symbolique s’étalait comme de la confiture sur une tartine. Elle délaissa les bouquins un instant pour répondre au sourire par un autre, en silence, afin de ne pas troubler la sacro-sainte sérénité de la ... bibliothèque. La prof de philosophie installée à quelques pas feuilletait un encombrant ouvrage. Cette femme d’une trentaine d’années eut paru éminemment sympathique à Chloé en d’autres circonstances. Helen Davis avait le don de rendre vivant ce qui ne l’était plus depuis longtemps, animant ses cours avec une certaine fougue, de la passion. Oui, la passion semblait à même de définir la prof en un mot. Dommage que celle-ci s’évertuait à trouver des sujets tordus pour les devoirs. La jeune fille ressentit soudain le besoin de l’observer mieux, tant miss Davis lui sembla différente. Les fines lunettes derrière lesquelles s’ouvraient de grands yeux bleus, l’ovale du visage à la peau claire, le nez fin, les adorables fossettes qui semblaient mettre entre parenthèses sa petite bouche aux lèvres délicieusement ourlées, rien de ce visage côtoyé chaque jour depuis six mois ne lui semblait inconnu, pourtant « Elle a défait ses cheveux, et ça lui va à merveille. » constata Chloé focalisée sur le blond naturel des cheveux mi-longs couvrant les épaules droites de l’enseignante. L’étudiante replongea dans son travail, du moins telle fut son intention. Mais bientôt, la gardienne interrompit Helen Davis dans sa lecture, lui tendant un trousseau de clés. « Tenez, Miss. Il n’y a plus que vous deux, vous fermerez et laisserez les clés à la conciergerie. Bonne soirée. » La prof guetta le bruit caractéristique de la porte se refermant sur l’employée avant de sourire à Chloé de nouveau, puis de ...
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