1. La lettre


    datte: 02/11/2016, Catégories: hplusag, nopéné, Auteur: Oxalis, Source: Revebebe

    Faut-il oublier tout ça ? M’exiler peut-être. Oublier, ou simplement éviter d’y penser ? Il n’y a rien eu hier. Pourquoi y aurait-il quelque chose aujourd’hui ? Le meilleur moyen de le savoir, c’est de regarder, bien sûr. Je prends une profonde inspiration et ouvre les yeux. Mon cœur bat la chamade. D’un geste décidé, j’introduis la clé dans la serrure, la tourne, et ouvre ; une enveloppe blanche, longue, avec de grandes lettres imprimées en caractère gras, me saute aux yeux. Houla ! J’ai le vertige. Mes doigts se crispent autour de la clé. Le souffle suspendu, je fixe l’enveloppe d’un regard troublé, me persuadant peu à peu que je devrais partir aux Bahamas pour oublier tout ça. L’interrogation me ronge. Est-ceelle ? Est-elle enfin arrivée ? Et si c’est vraimentelle, quelle sera la réponse ? J’ai l’impression que je vais imploser J’hésite puis enfin saisis l’enveloppe d’une main qui tremble violemment. Avec lenteur, je referme la boite à lettres, les yeux fixés sur le cachet des éditions Lamarmouse. C’est bien elle La réponse. Je l’attends depuis trois mois. Elle est enfin arrivée. Au début je n’y crois pas. Je relis l’adresse de l’expéditeur, relis mon nom écrit en gros caractères, d’une encre noire qui tranche violemment avec la blancheur de l’enveloppe. Je remarque stupidement qu’elle a été postée trois jours auparavant. Je tremble encore plus. Que dois-je faire ? Je suppose que toute personne raisonnable décachetterait immédiatement l’enveloppe. Je suis alors loin ... d’être une personne raisonnable. Je n’arrive pas à faire le moindre geste. Je reste là, à fixer comme si c’était une hallucination, LA réponse, incapable de l’ouvrir pour enfin connaître, enfin savoir de quoi il en retourne. Quelqu’un descend soudain les escaliers en trombe. Je tourne la tête. Un de mes voisins. Il me sourit d’un air incertain et je lui dis bonjour. Il me répond, semble hésiter, se demandant apparemment s’il doit s’arrêter pour taper un brin de causette, comme nous avons l’habitude de le faire. Puis il voit mon expression, et semble comprendre mon malaise. Il me fait un sourire encourageant, et me souhaite une bonne journée, avant de sortir de l’immeuble. Je reste toute seule avec cette stupide enveloppe dans la main. Plantée comme une cruche. Une brusque montée d’énergie me dévore et je bondis dans l’escalier, montant les marches comme une folle. J’arrive essoufflée sur mon palier, ouvre avec brusquerie la porte de mon studio, et la claque derrière moi. Puis je m’appuie contre le montant de la porte, le dos collé au bois, serrant l’enveloppe contre mon cœur, et ferme les paupières, respirant à fond pour retrouver une respiration normale. Un moment passe. Je me résous enfin à bouger, fais trois pas dans la pièce, hagarde, puis réalise enfin que je ne pourrai pas l’ouvrir. Je m’en sens incapable. Je la regarde d’un air impuissant, sentant la frustration me submerger comme un cataclysme. Besoin d’une bière. Je m’approche de mon lit, la jette sur la couette, pivote ...
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