1. Une villa, là-bas, dessus la dune


    datte: 05/11/2017, Catégories: Première fois, Auteur: Jpj, Source: Hds

    Cap Ferret, décembre 2014 J’avais mis Johnny plein pot. Johnny en automne c’est comme qui dirait du chaud à l’âme. En fait, c’était le seul truc qui marchait dans cette villa, alors je m’étais empressé, à peine porte ouverte, vers le tourne-disque vinyle et plein pot j’avais mis Johnny sur les grosses baffles Cabasse Alors, seulement, je m’étais retourné vers elle. En fait, cette fille était un peu comme la villa ... abandonnée. La villa était d’été. Haute, vitrée, claire dans les pins, embroussaillée d’arbousiers. Mais en ce début décembre embrumé elle se dressait comme manoir en Highland solitaire et un peu trouble dans la forêt sombre. Le grépin au sol jonchait le sentier. J’avais mené mon amie sans même lui tenir la main. On avait cheminé l’un derrière l’autre, silencieux, en file indienne, en binôme, sous les mimosas géants, slalomant entre les troncs des pins immenses. Chacun sa valise tenue à poignée, roulettes inutiles. J’avais pensé les roulettes sont pour l’asphalte, pour la ville, par pour nous, pas pour les dunes du Bassin d'Arcachon. Le chemin entre arbousiers et buissons ajoncs genêts avait été long. On était arrivés enfin à la villa en haut de la dune devant l’océan. Elle ne savait pas. Johnny hurlait sa solitude dans le froid humide. C'est son truc, à Johnny, ça, la solitude. Moi je l’ai, enfin, prise dans mes bras. Le moment était venu et je l’ai regardée. Je n’ai pas voulu repenser. J’ai juste pensé, la villa au vent d’ouest, les volets décrochés, les ... tuiles soulevées en vrac sur la toiture, les vitres tachées d’auréoles de sel. J’étais submergé des odeurs d’hiver de maison de moisi de pignes de terreau riche humide. Je la serrais dans mes bras et tout me revenait de notre passé. A elle à moi. Comment, pensais-je, l’odeur de moisi de maison abandonnée était-elle ainsi attachée à cette jeune fille. Jeune fille elle n’était plus trop mais l’odeur, elle, n’avait pas vieilli, n’avait pas changé, du tout. Ce moment, là, était... Comment vous dire, comment expliquer ? Tout était moisi, elle aussi... Passée. On n'avait rien mangé et il faisait faim. J'ai pensé, me faut faire une bonne flambée, cela nous réchauffera. Le bois sous l'abri était sec, les vieux Sud-Ouest-dimanches froissés se sont enflammés à la quinzième allumette gitane, et, pignes aidant, le feu a pris. On avait apporté des œufs, une grosse boite de carton moulé de douze œufs. Elle les a cassés un à un dans la poêle noire dessus le gaz famélique avec du sel et de l'huile. L'odeur de friture m'a submergé. Souvenirs de ces moments en famille avec mes frères, mes parents, dans les froidures d'hiver des Landes noires des pinèdes des dunes des broussailles d'arbousiers de genêts d'ajoncs. Je suis venu derrière elle devant le fourneau. J'ai pris ses seins dans mes mains. Elle était si jolie que je n'osais l'aimer... Elle si jolie quand le vent l'emmenait... En fait non Aujourd'hui c'est l'automne Qu'il est loin le printemps Plein les bonnets, qu'elle a dit, et c'était vrai... ...
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