1. La folie du pleutre (1)


    datte: 14/11/2017, Catégories: Entre-nous, Hétéro, Auteur: Arsenne, Source: Hds

    La pluie est incessante. Le train est bondé. La morosité se lit sur tous les visages Je suis assis sur le bord de la rangée. Un type me bouscule sans s’excuser et va s’asseoir de côté à quelques pas de moi. A peine assis, il prend son Smartphone, compose un numéro et se met à parler assez fort, faisant fi de l’entourage. Il commande à une secrétaire sans doutes : - « prends des billets de première hôtel 4 étoiles tu sais imprimer la veille puis un jour après le salon dure 3 jours réserve la veille et le lendemain Le ton est péremptoire, autoritaire, sans aucune chaleur, son regard froid laisse à penser tout le mépris qu’il peut ressentir envers le « petit personnel ». J’ai envie de lui rentrer dedans, de l'insulter dans le train, l'obliger à s'excuser, à reconnaître son inconduite. Mais je rêve. Je suis un lâche, je me serai dégonflé au simple regard qu'il aurait porté sur moi. Je suis son contraire, lâche, pleutre, effacé, faible ; il est fort, gagnant ! Il finit par raccrocher. Pendant toute la durée de sa conversation, il remue, secoue ses deux jambes nerveusement en appui sur la pointe des pieds. C’est un tic, un tremblement nerveux qui signe qu’il est toujours sous tension. Aussitôt il fait un nouvel appel, tout aussi froid et en parlant toujours aussi fort. Puis un troisième. Le train est son bureau et ce rustre ne vit que pour lui-même. Tout de suite il m’est antipathique. Barbu, il arbore une barbe noire assez fournie comme c’est la mode en ce moment chez les ... jeunes hommes. Arborer une barbe de trois jours pour affirmer sa virilité ! Le visage basané, les cheveux frisés, il porte sur une chemise blanche, une veste à peine fermée. Le type même que je hais : conquérant, sûr de lui impétueux Il doit avoir entre 30 et 40 ans. L’âge d’or pour les chasseurs de femelles. Il est de ceux qu’aucun doute ne vient perturber la certitude, les convictions qu'il est plein de charme. Aucune femme ne peut lui résister. Et, ce qui me rend encore plus fou de rage, c’est que c’est souvent vrai. Leurs conquêtes sont innombrables. Les femmes aiment les « gagnants » et méprisent les « loosers ». Je suis de ces derniers. Le train arrive en gare à Paris. Je sors le premier, il me suit, me dépasse. Debout il a une tête de plus que moi, sa démarche est chaloupée, volontaire. Sa veste de blazer bleue est d’une propreté douteuse, serrée à la taille et trop courte sur son pantalon, lui aussi –"à la mode"-, très ajusté aux jambes et se termine sur des chaussures hyper pointues ! Sa silhouette en impose, les jambes un peu arquées. Je le suis. Nous sortons de la gare, je le colle à distance le long des rues alentour. On atterrit rue St Denis, un quartier encore chaud. Je ne sais pas pourquoi je piste ce type en même temps qu’il me dégoûte mais, c’est plus fort que moi, je ne veux pas le lâcher. Il entre dans une grande et superbe boutique de fringues assez « classe » pour l’endroit. Tout de suite je comprends qu’il en est le patron. Une jeune femme affable le salue ...
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