1. Prémonitions


    datte: 02/11/2016, Catégories: nonéro, fantastiqu, Auteur: Radagast, Source: Revebebe

    Je me réveille en sursaut, en sueur, le souffle court. Comme depuis trois mois, je fais le même rêve. J’en redoute le sommeil Un manoir, au milieu d’un parc ; de grands et gros arbres s’y aventurent, éclaireurs de la forêt toute proche. J’arrive même à reconnaître les différentes essences : cèdres, chênes et hêtres trapus, et même un pin sylvestre tortueux. Des limbes de brume s’accrochent aux frondaisons et vêtent les troncs de voiles diaphanes. Un orage vient de sévir. Le ciel, sombre, se reflète dans les rares vitres intactes des fenêtres. Quelques volets rougeâtres claquent dans le vent ; d’autres pendent lamentablement, larmes de sang sur regards noirs. Le bâtiment, briques rouge terne sur calcaire blanc, semble quelque peu décrépit. Une tourelle brise la symétrie de l’ensemble. Le toit en ardoises luit sous la pluie récente ; quelques taches d’ombre marquent les lauzes manquantes. Un large escalier mène au perron ; une vigne vierge d’automne, rouge, s’accroche aux margelles. D’un instant à l’autre je me retrouve dans le hall d’entrée. Un escalier monumental se matérialise devant moi. Et toujours à cet instant un murmure, une voix de femme qui susurre « Viens », et de suite après, un cri à glacer le sang dans les veines, qui me réveille chaque fois en sursaut. Et aussi un regard – presque une image subliminale – un regard de femme, je crois, regard chargé de terreur. Je ne sais plus. Ce rêve revient chaque nuit, même plusieurs fois par nuit. Au bout d’un mois de ce ... traitement, je ressemble à un de ces morts-vivants des films d’épouvante de série Z. J’en perds même l’appétit, à tel point que mon patron s’en inquiète, craignant une sombre histoire de drogue. Désespéré, je lui explique mon problème. Au lieu d’un éclat de rire et de quelques blagues idiotes, il me dit seulement : — Tu vas aller voir un psy, un ami. Si quelqu’un peut résoudre ton problème, c’est lui. Et ne t’inquiète pas pour le boulot : je m’occupe de tout. Je prends rendez-vous et l’obtient de suite, recommandé par mon patron. Il me fait raconter mon histoire. Grâce à des amitiés, je passe un scanner rapidement et consulte un neurologue réputé. Je lui dessine le manoir, lui raconte mon rêve en détail. En vain, selon lui : je ne souffre d’aucune maladie mentale ; par contre, mon rêve est trop réaliste pour n’être qu’une illusion. Ai-je eu un traumatisme dans l’enfance ? Il est fasciné par mon cas, mais ne peut m’aider. —ooOoo— Sur un coup de tête, j’ai pris la route, au hasard. Je suis allé au bord de la Méditerranée, en Camargue. En Camargue au mois de novembre, ce n’est pas la joie ; pas de quoi me remonter le moral ! Personne sur la plage battue par le mistral. La mer agitée vient se fracasser sur le sable. De gros nuages noirs poussés par le vent fuient vers le large. Assis sur une dune, je méditais quand une brève éclaircie me permet de voir le soleil se coucher, au loin sur l’horizon. Un frôlement sur mes jambes et je vois un chaton se frotter à moi. À quelques pas de là, ...
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