1. États d'âme et trahison


    datte: 12/02/2018, Catégories: vengeance, nonéro, historique, aventure, historiqu, amourcach, Auteur: Pierre Siorac, Source: Revebebe

    reprenant ses droits, on finirait par desserrer les mailles du filet ; on finirait même par les oublier, tant il est évident pour tout observateur de la vie des « grands » qu’une intrigue sans cesse chasse l’autre, et que ce qui est scandaleux aujourd’hui le sera moins demain, et oublié après-demain Le temps est l’allié indéfectible de tous les stratèges. La seule inconnue que nos héros avaient négligée, c’était Rochefort. Le comte suivant d’Artagnan n’était certes pas pour l’instant un véritable danger, mais il avait parlé de son entreprise à Madame de Longueville et avait ravivé en elle, volontairement, le souvenir d’une cuisante humiliation. Or, comme le lecteur le sait (contrairement à ce sot de Rochefort), rien n’est plus terrible qu’une femme humiliée qui cherche à se venger. La haine est un sentiment surprenant qui a ceci de particulier d’aveugler la raison des hommes et d’éclairer l’intelligence des femmes. Et l’on pourrait écrire, sans risque d’exagérer, qu’en cet instant la duchesse de Longueville irradiait par son esprit. À l’heure où nous la retrouvons, elle se trouvait face au cardinal de Retz, ennemi juré du Mazarin, et meneur de la Fronde. Allié au duc de Beaufort pour les besoins de la cause, mais bien décidé à ne pas lui permettre d’accéder au pouvoir. Retz était doté un esprit subtil ; il était raffiné, et sa plume était acérée. Ses sermons – qu’il travaillait durant des nuits entières – étaient de pures joailleries où chaque mot était pesé parfaitement ...
    et destiné à devenir un projectile contre le pouvoir en place. Il était adulé par le petit peuple de Paris, qu’il méprisait et dont il comptait bien se servir pour parvenir à ses fins. Et les nouvelles que venait de lui apporter sa belle et blonde alliée l’avaient plongé dans une méditation profonde dont il finit par sortir soudainement. — Madame, il n’est pas question que cet imbécile de Beaufort s’empare de Caroline de Vendôme.— Comment ça ? Vous plaisantez, j’espère ?— Je ne plaisante jamais en matière de politique, Madame. Cette femme serait entre ses mains un atout qui pourrait le rendre beaucoup trop puissant dans les négociations en cours. Par contre, sa fuite avec le chevalier d’Herblay nous garantit l’allégeance à court terme du prince de Vendôme et de ses seigneurs, que je saurai mener à ma guise.— Certes mon ami Mais ensuite ? Le prince exigera de vous demain ce qu’il exige aujourd’hui du Mazarin. Il faudra bien lui rendre sa femme, ne pas prendre le risque de vous en faire un ennemi.— C’est pourquoi elle doit disparaître.— Où cela ? En Angleterre ? Allons, on vous demandera d’exiger son retour— Il y a de nombreuses façons de disparaître, Madame. Certaines sont parfois définitives— La faire tuer ?— J’ai dit : disparaître, Madame.— Comment comptez-vous faire, mon ami ?— Je ne compte absolument rien faire, Madame : ma condition d’homme d’Église me l’interdit. Je dis que pour le bien de notre entreprise, ni le Mazarin ni Monsieur de Beaufort ne doivent rattraper la ...