1. Après le festin


    datte: 08/03/2018, Catégories: Entre-nous, Les hommes, Auteur: Rostand, Source: Hds

    Le grand feu crépitant dans le foyer de pierre Eveille les échos des voûtes qu’il éclaire, Et rythme du reflet de ses ors chaleureux L’ascension des piliers, dressés, fins, vers les cieux. La grand table se perd dans l’ombre de la salle. Un chandelier éteint, quelques fruits s’y étalent, Dans la nappe tombante un lévrier s’endort. Le festin terminé, même l’air semble mort. Un tintement de corde aussi doux que la nuit, Suivi d’un lent arpège, se risque sans bruit. La flambée oscillante donnant la mesure Encourage le pas de sa mélodie pure. Dans la chaise du maître est assis le seigneur. Tout son corps délassé s’adonne à la douceur Des accords que le page, assis près de ses pieds, Forme note après note en de lents déliés. Ils sont seuls et tout dort. La musique se tait. Déposant l’instrument dont le son les charmait, Le page se retourne et contemple à genoux, Son seigneur dont les traits lui paraissent plus doux. Il ouvre l’oeil et voit l’écuyer qui l’adore. Un sourire adoucit son dur visage encore. L’amour y jette un charme et le feu des lueurs Qui rendent plus amène son air de lutteur. Un geste de son doigt parle à l’adolescent Qui se glisse, à genoux, tout contre le géant. Il semble si chétif entre ses jambes épaisses Que le seigneur, un peu malgré lui, se baisse. D’une main rude comme un gant de cuir épais, Mais douce comme une aile esquissant un envol, Il caresse la joue imberbe au teint parfait, Où déjà point le rouge du sang qui s’affole. L’audace naît au feu de ce ...
    premier toucher. Remontant peu à peu, les mains de l’écuyer Sont venues caresser les deux cuisses noueuses, Glissant à reculons vers la contrée heureuse. Le voyage des doigts sur ses jambes charnues Enivre le seigneur qui soupire, éperdu. Déjà, sans y toucher, son paquet géniteur A déformé le tissu dissimulateur. A cette vue, l’envie luit dans l’oeil du garçon. Moins timide, il y pose une main, un suçon, Fait si bien que la bosse a doublé de volume Et se pare en son bout d’une pointe d’écume. Le maître n’en peut plus de mouiller dans ses braies. Délivrant sa fierté en tirant un lacet, Il offre à l’écuyer sa glorieuse pâture : Un épieu turgescent, faveur de la nature. Sans délai, notre page, d’une langue adroite, Pourvoit moult attentions à cette hampe droite, Et fait briller sa chair épaisse et bien veinée D’une humide salive et de succions variées. Alors que de son œuvre il attendait le fruit, Le chevalier soudain s’est retiré de lui. Il veut lui faire don d’un plaisir à son tour. Il se lève et défait un à un ses atours. Le voici nu, brillant de l’éclat de la flamme, Corps sculpté par les dieux, ses combats et son âme. On y lit la bravoure, la valeur guerrière, Et la proportion cachée de l’univers. Le page fasciné s’est aussi dévêtu. Son corps souple et imberbe a lui, blanc. Il s’est tu, Attendant le désir de son maître adoré. Les deux perfections mâles se sont toisées. Alors le chevalier étreint l’éphèbe amant. Leurs corps se pressent et tombent, emmêlés, haletants, Sur les ...
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