1. Après le festin


    datte: 08/03/2018, Catégories: Entre-nous, Les hommes, Auteur: Rostand, Source: Hds

    Muscles bandés, et pousse une dernière fois. Alors, éblouissant sa vue comme un soleil, L’orgasme se saisit de son corps sans pareil. Il jouit, expulsant dans le corps qu’il empale, Le nectar qui jaillit de sa hampe royale. De longs jets gratifient le canal accueillant, Qui reçoit quelques coups encor du dominant. Tout tremblant de jouissance, le guerrier termine D’éventrer le fessier qui enserre sa pine. Le torse de l’athlète est tombé sur le dos De l’éphèbe comblé de ce pesant fardeau. Les muscles du colosse épousent ses courbures, Bien fermes au fessier, douces à l’encolure. Le maître se redresse et sourit au garçon. Il l’allonge à présent près du foyer profond, Caresse d’une main le tendre sodomite, Et de l’autre son membre érigé qui palpite. Masturbé par la main de son seigneur chéri, Le page s’abandonne à ce plaisir gratuit. Le rugueux instrument de maint combat mortel Pour lui s’est rendu doux comme une jouvencelle. Les doigts du chevalier glissent sur l’étendue Du corps svelte et flexible exposant sa peau nue. Ils massent doucement la bourse précieuse Et lissent la colonne aux formes orgueilleuses. D’un index amateur le maître lubrifie Le gland décalotté. Celui-ci, nu, rougit, Tandis qu’avec douceur, le doigt de la justice Se plie à faire jouir le grand sceptre du vice. Il s’applique à tracer des ronds réguliers Sur les creux, les sommets, les pleins et les déliés Du joli gland rubis brillant de pré-semence, Tandis que l’autre main sur le mât fait sa ...
    danse. L’adolescent frémit à chaque sensation, Son corps se tend, sursaute, pris de déraison, Sa bouche laisse aller des cris de joie surpris, Ses doigts dans la fourrure se cherchent un appui. Au savoir de ses mains le maître joint sa bouche Et prodigue à l’amant les plus habiles touches, Si bien que le jeune homme, oubliant tout son corps, Croit ne plus rien sentir que dans son sexe encore. Le travail amoureux du seigneur du château Assiégeant le donjon de ses tendres assauts Semble porter ses fruits, car l’ennemi en transe, Se rend et ne peut plus retenir sa jouissance. Cambré comme un danseur, chaque muscle tendu, Le page tend au ciel, en un sublime U, Le sommet de son être en ce moment vivant, Son membre saturé de plaisir et de sang. Un dernier coup de langue achève le supplice : Un soubresaut arrache le trophée du vice, Un cri rauque accomplit l’offrande qui s’opère, Un coup de reins violent féconde l’atmosphère. Six jets de lourd liquide ont jailli dans les airs. L’un fuse et va tacher le grand linteau de pierre, L’un vole dans le feu jubilant d’étincelles, L’un saute en une coupe oubliée d’hydromel, L’un va dans la fourrure étalée d’un ourson, L’un finit sur les propres lèvres du garçon, Et le dernier, guetté par le maître amoureux, Achève sur sa langue un bond moins audacieux. Les échos de la salle à présent se sont tus. Le feu diminuant, une ombre bienvenue Jette un voile oublieux sur les deux corps étreints, Glissant dans le sommeil et le repos divin.
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