1. Première guitare


    datte: 11/03/2018, Catégories: fh, jeunes, inconnu, vacances, campagne, caférestau, autostop, amour, revede, Voyeur / Exhib / Nudisme, préservati, init, roadmovie, coupfoudr, occasion, Auteur: Olaf,

    Ce n’est plus supportable. J’étouffe depuis trop longtemps chez mes parents. Voir ma mère coincée entre ses fourneaux et des ménages qui rapportent que dalle, et mon père juste bon à bricoler des trucs débiles dont personne ne veut, ça en devient pathétique. J’ai une vie à vivre, moi, pas une existence à subir. Le bac en poche je ne leur dois plus rien. Il faut que je me casse, et vite. J’ai décidé de commencer ma nouvelle vie par une virée en auto-stop, en chantant au coin des rues pour gagner de quoi manger. Dans le meilleur des cas, je pense pouvoir rencontrer une bonne âme chez qui loger une nuit. Le pire des cas ne m’intéresse pas. Question accompagnement, je joue du piano depuis des années. Dans un registre blues-rock désespéré qui me permet de sublimer mes frustrations adolescentes en pétrissant les touches, à défaut des seins des filles de mon âge. Sauf que pour jouer dans les rues, il y a mieux que le piano. La guitare étant trop longue à amadouer, je lui ai préféré le ukulele, son cousin à quatre cordes. Je me suis fixé comme seule contrainte un minimum de douze chansons à maîtriser avant de larguer les amarres. Voilà pourquoi je m’écorche les doigts depuis six semaines sur des accords de base, éraillant ma voix mal préparée à un tel effort. Mais je sens que le jour du départ approche. D’ailleurs, plus mon répertoire augmente plus mes rêves se précisent. Tantôt je m’imagine face à un public enthousiaste, tapant des mains à chaque refrain. Tantôt je séduis une ...
    passante par la qualité de mes interprétations. Une fille que je convaincs de m’accompagner pendant quelques jours, jusqu’à ce que la route nous sépare et emporte nos amours naissantes. La liberté du routard ne souffre aucune concession. J’ai déjà onze chansons à mon répertoire. Dans mes rêves, j’ai fait des dizaines de fois le tour du pays, jouissant intérieurement de cette liberté à laquelle j’aspire tant. Il ne me reste plus qu’un morceau à mettre au point avant le départ.Emmène-moi (1) s’impose comme une évidence lorsque je découvre le disque de Graeme Allwright (2) chez un copain, le seul à qui j’ai parlé de mon projet. La complainte est un peu triste, mais la mélodie semble aussi facile à retenir que les paroles. Elle se révèle cependant plus coriace que prévu. Impossible de donner vie à un texte aussi mélancolique sans dégouliner de la voix. J’essaie de casser le rythme, de changer les tonalités, de phraser différemment, rien n’y fait. À côté de l’original, je suis pitoyable, juste bon à servir de cible aux quolibets, et à manger les tomates et les œufs pourris qu’on ne manquera pas de me lancer avant la dernière strophe. Je finis par renoncer. L’été touche à sa fin, je n’ai plus le choix, c’est maintenant ou jamais. Sans me sentir vraiment prêt, je fais mon sac à la hâte un beau matin et me tire après avoir posé un mot bien en vue pour mes vieux. Je ne leur en veux pas au point de les inquiéter. Mais je ne peux pas non plus leur expliquer mes intentions trop en détail. Que ...
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