1. Une journée pas pire qu'une autre


    datte: 08/05/2018, Catégories: fh, inconnu, médical, Collègues / Travail, ffontaine, fmast, intermast, Auteur: Volatyl,

    Encore une journée de merde. Depuis six heures ce matin, et je sens que la journée ne se terminera que tard le soir. Mon quotidien ? Je suis ambulancière pour une société privée. À moi les papys incontinents qui vont se faire observer la prostate, les mamies gâteuses qui se font dessus en allant à leur rendez-vous bilan pour leur Alzheimer. Il y a des choses moins marrantes, comme les enfants par exemple ; mais dans l’ensemble, c’est quand même très routinier et sans grande surprise. Pour peu qu’en ambulance le collègue soit chiant, tu sais déjà que la journée sera mauvaise. En véhicule léger (VSL), c’est taxi amélioré, donc seule avec les clients : c’est plus tranquille. Cependant j’aime mon métier avec sa relative indépendance, croiser du monde, rendre service à ceux qui souffrent. Les mauvais jours comme aujourd’hui sont nombreux, mais même dans ce cas je préfère ça plutôt qu’être à l’usine. Journée ambulance, support du SAMU. Beaucoup de gens ignorent que le SAMU ne vient pas systématiquement sur les lieux des appels. Lorsque les interventions nécessaires sont bénignes, ils appellent des sociétés privées sous contrat afin de réserver leurs véhicules aux seules urgences vitales. Depuis ce matin tout s’enchaîne. La prise de service à six heures, la répartition des équipes, et donc comme c’est mon jour de poisse, j’ai droit au collègue con qui pue. Cherchez pas, on en a tous un, mais aujourd’hui c’est moi qui l’ai. Je ne dis pas qu’il bosse mal, non ; seulement, quitte à ...
    passer douze ou quatorze heures avec quelqu’un, autant pouvoir bavarder un peu. Là, non. Déjà qu’il me laisse à peine toucher au volant, je préfère encore aller à l’arrière tenir compagnie au client. Patient ou client ? Ne nous leurrons pas : ce sont des clients, même si nous sommes très souvent assimilés à des soignants. Dans l’ordre : une prothèse de hanche déboîtée, un nez probablement cassé, et d’autres broutilles dans le genre. En plein hiver, les vieux devraient être interdits de sortie ; ça serait plus simple pour tout le monde. Un trottoir qui glisse, et hop ! C’est nous qui sommes appelés. Entre les allers-retours aux urgences, les papiers à remplir, la course suivante attend déjà. Et les gens sont vraiment malpolis. Oui, nous ne sommes pas là dans les 5 minutes qui suivent votre appel ; non, vous n’êtes pas seul ; oui, il y a parfois plus urgent. Passons. Il est dix-huit heures, il fait nuit noire et il pleut. Fin de service ; j’ai envie de rentrer chez moi, retrouver mon mari et mon fils. L’un pour son sourire et sa joie de vivre, l’autre pour ses bras, sa peau, son corps ce soir dans le lit. Je commence à avoir envie de mon homme, et il a intérêt à assurer ce soir. C’est d’ailleurs en général le cas. Sinon ? Eh bien je me finirai seule, mais je vais quand même le vider d’abord. Je vous choque ? Je m’en fous. J’aime mon mari et j’adore quand il me fait du bien. Appel radio, ce que je craignais : une urgence non vitale. Un gars s’est cassé ses plâtres chez lui et on ...
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