1. Refus consentant


    datte: 13/06/2018, Catégories: fh, fhh, couplus, inconnu, religion, uniforme, boitenuit, jalousie, dispute, init, mélo, Auteur: Collectif Antilogies, Source: Revebebe

    manière sous les balles. Alors quoi ? La réponse est là, sous mes yeux, sur la table : des explosifs artisanaux en préparation. Ils tuent cinquante innocents, et que font-ils ? Encouragés, ils envisagent d’en tuer cent. Pour leur révolution à la con ? Elle doit bénéficier à qui, d’abord ? Pas à leur prochain. Pas à l’humanité. Ils n’ont rien à voir avec l’humanité, rien, même si les apparences sont trompeuses. A-t-on les mêmes scrupules à foutre en l’air les cafards qui viennent pourrir nos maisons ? Il en restait un. Une vingtaine d’années, tout au plus. On l’a laissé baigner dans sa pisse pendant au moins deux heures avant de poser la première question. Il ne voulait pas répondre. On a demandé un volontaire, pour aider à l’interrogatoire. J’ai levé la main. Je ne savais pas trop comment m’y prendre. Je devais avoir l’air un peu empoté ainsi. Mais j’apprends vite, ça a été mentionné sur plusieurs de mes carnets de notes, lorsque j’étais petit. Lorsque j’en ai fini avec lui, il n’était pas beau à voir, mais il était encore vivant, et, s’il ne bougeait pas trop la mâchoire, il pouvait encore parler. Enfin, plutôt gargouiller. L’interprète a tout traduit, le caporal soigneusement noté. Il ressemblait à une sorte de soufflé aux fruits rouges, et ne bougeait presque plus. Terroriste. C’était un terroriste. Il pleurait, appelait sa mère de toutes ses forces. C’est impressionnant, comme sensation : on a en face de soi un type capable de semer la mort, la terreur et la désolation ...
    et qu’on craindra plus qu’un dieu vengeur. Ce corps n’est pourtant pas plus solide que les autres : on n’imagine pas combien il est facile de retourner des pouces, surtout quand on a eu huit autres doigts pour s’entraîner auparavant. Tout ça a permis de retrouver d’autres caches. Combien de tués ? Quelques-uns. Mais, contre tout cela, combien d’innocents sauvés ? Il a pu, de manière fulgurante, être pour une poignée d’entre nous, un visage, une voix, des cris. Pour d’autres, il a été l’ombre anonyme qui a décidé arbitrairement que leurs vies s’arrêteraient au moment voulu. Sans autre raison que la seule volonté de frapper aveuglément, comme le cancer. Pas le Camarade Suprême ou un quelconque grand prophète. Il avait le choix. Je crois que personne ne sait où sont ses restes. J’ai haï ce type, il m’a forcé à faire ce que j’étais venu combattre. Mais peut-on gagner une guerre en tendant des bouquets de fleurs ? Lors d’un traitement, on détruit de la vie, aussi. Et mon patient, c’est ce pays. Les raids sur les autres planques ont suscité la colère et l’indignation de la population : hé, quoi ? On nous refuse la liberté d’être des morts en sursis, les prochains à agoniser sous les yeux des médecins impuissants ? Scandale ! Alors, l’insurrection a métastasé. La méthode est implacable : pas plus d’un prisonnier à la fois. Quand c’est possible. Les taches sur ma tenue de combat ont noirci, elles ne partiront plus. Je songe à tous ces attentats qui n’auront pas lieu, à tous ces gens ...
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