1. La rencontre


    datte: 10/07/2018, Catégories: ff, inconnu, vacances, plage, hotel, portrait, consoler, Auteur: Charline88,

    De la pointe d’un bâton, il trace des lettres malhabiles sur le sable fin. Sa petite tête aux cheveux mal rangés est inclinée vers le sol. Le bout d’une minuscule langue rose sort d’entre ses lèvres, soulignant l’effort et la concentration qu’il déploie pour écrire son message éphémère. Quand il se redresse, il tourne son petit visage vers l’ombre qui vient de traverser les mots consciencieusement gravés dans les grains blonds. La femme qui se tient debout, projetant son ombre sur le gamin, a dans les yeux un étrange reflet, comme une vague de tristesse qui passe. Elle voit ce petit bout d’homme qui ne doit pas dépasser un mètre de haut qui la fixe de ses mirettes sombres. Sur le pourtour de la bouche du gosse, les reliefs de sa tartine chocolatée, et l’envie de le serrer dans ses bras devient obsédante. Un besoin vital de lui dire que ce qu’il vient de tracer là, sur cette plage, c’est beau ! C’est vrai que son cœur se serre de savoir que cette joie-là, elle ne la connaîtra jamais. Aucun bambin ne lui écrira des mots magiques comme ceux-ci, dans quelque endroit que ce soit. Alors d’un revers de la main, elle chasse les pensées noires qui l’assaillent, cherchant bien loin au fond de son cœur à faire renaître sur ses lèvres un sourire, pour ce petit qui n’ose plus bouger. Quand elle y parvient enfin, l’enfant se déride et ses traits semblent se détendre. — Bonjour Madame !— C’est beau ce que tu as écrit là ! Elle en a de la chance ta maman ! Tu es tout seul ici sur la plage ...
    ?— Non, elle est là-bas. En disant cela, le gamin tend son bras vers l’immense nappe bleutée qui frissonne sous le vent de juillet. Évidemment, des dizaines, voire plus, de points noirs parsèment l’eau, des nageurs dont il est impossible de distinguer les visages. La femme qui se trouve près du gosse regarde la mer et ses yeux laissent perler une dernière larme, vite séchée par la brise. Aucun petit ne lui dira un jour « je t’aime » et un trop-plein de chagrin déborde devant quelques lettres tracées sur cette plage. Là-bas, plus loin, un des points noirs vient de surgir de la surface, de se redresser, et le rouge d’un haut de maillot de bain émerge d’une vague mourante. La silhouette d’une femme grandit en revenant vers l’endroit où l’enfant se trouve. — Léo ! Léo, n’embête pas la dame ! Tu es sage, hein ! Bonjour, Madame, j’espère qu’il ne vous ennuie pas trop !— Rassurez-vous ! Votre fils est très gentil ! Et il vous aime beaucoup apparemment !— Oh ! Ce sont ses premières vacances à la mer ! Il a joué tout le matin à faire des châteaux de sable, et j’ai juste pris une minute pour aller piquer une tête ! Il fait une de ces chaleurs.— Il vous a laissé un joli message, là ! Regardez ! La femme a peut-être une quarantaine d’années, ses cheveux mouillés doivent être châtain, autant que celle à qui elle parle puisse en juger. — Oh ! Mon Léo ! Moi aussi je t’aime, tu le sais, bien ! Tu ne veux pas boire un jus de fruit, et pourquoi as-tu enlevé ta casquette ? Vous voulez boire ...
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