1. Addicte (1)


    datte: 19/10/2018, Catégories: Lesbienne, Auteur: Orchidée,

    « Mes premiers mots d’ailleurs sont pour toi, fidèle complice des temps jadis restée au pays des majestueux châtaigniers torturés dont les allures menaçantes nourrissaient nos inquiétudes de petites filles les soirs pluvieux d’automne. La beauté sauvage de la Sologne me manquera, comme ces balades à vélo entre les étangs noirs odoriférants à la recherche du rossignol à l’œil unique de la légende. Me manqueront aussi nos aventures extravagantes dans l’océan mouvementé des champs de blé. J’éprouve aujourd’hui le besoin de te parler sans détour, jeune fille semblable à moi, peut-être un peu trop, la sœur jumelle que la nature m’a refusée, la camarade capable de tout entendre, de tout comprendre sans jamais te moquer de mes états d’âme à l’époque où le monde prenait la forme d’un dessin d’enfant aux traits grossiers dont les couleurs vives contrastaient avec les nuances de la réalité, uniformisée par les adultes dans l’évident souci de se fondre dans la masse. Tes larmes sur le quai de la gare à Orléans ont failli me retenir. Laquelle des deux abandonnait l’autre ? Je suis montée seule dans le train de la chance en partance vers un destin loin de toi, premier acte responsable de la jeune femme que j’aspirais à devenir, rebelle et fière, surtout fidèle à moi-même. Je devais me satisfaire d’un espoir un peu fou en guise de compagnon de voyage à défaut de sentir ta présence rassurante, et mes larmes se joignirent aux tiennes quand ta silhouette disparut. Ma décision de partir ...
    sans toi aura tenu quelques kilomètres de rails, te voici déjà de retour sous la forme d’une poignée d’annotations jetées sur un répertoire en attendant mieux, prête à remplir ton rôle de confidente, en attente d’une réalité nouvelle amenée par la transformation radicale de mon cadre de vie. Il n’y aura aucun secret, ni pudeur ni faux-semblants, rien de l’hypocrisie que certains revendiquent comme un art de vivre, autant leur laisser ce plaisir. La discussion longtemps préparée dans ma tête a vite tourné à la confrontation trois jours après mon dix-huitième anniversaire, le départ s’avérait inévitable au contact de l’intransigeance des parents. Peu importe, le domicile familial est devenu trop exigu pour contenir mes rêves. Je pars l’esprit tranquille, ne laissant derrière moi aucun passé glorieux empli de souvenirs impérissables, hormis ces instants à rêver en ta compagnie d’un univers trop beau, trop parfait. » Un timbre chaud m’interpella à la porte du bureau d’accueil près duquel on m’avait donné rendez-vous. Les touristes s’étaient concertés pour envahir la gare d’Austerlitz ce premier lundi de juillet 2015 en fin de matinée. Enfin ! La peur de l’inconnu se montrait facile à gérer comparée à la hantise de rentrer à Orléans en victime de la désillusion, les parents auraient beau jeu de se moquer. – Bonjour, je suis Hélène, une amie de votre oncle. Il s’excuse de ne pas être là pour vous accueillir. Bienvenue à Paris. Alain avait prévenu qu’il ne pouvait pas s’absenter de ...
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