1. Un cœur sur l'autoroute


    datte: 31/12/2018, Catégories: fh, médical, voiture, collection, odeurs, fmast, Oral, policier, roadmovie, Auteur: Calpurnia,

    Réunion de crise au CHU de Nantes. Nous sommes un dimanche soir de janvier, il est minuit moins dix. Dehors, les rafales du vent d’ouest rabattent des trombes d’eau sur la baie vitrée de la grande salle éclairéea giorno. Le directeur de l’établissement, son adjointe et le responsable de la logistique téléphonent sans relâche afin de trouver une solution à leur problème : trouver un transport pour Paris, d’extrême urgence. Un petit garçon nantais de quatre ans est décédé ce matin, la tête écrasée par la chute d’un panneau de basket. Dès que l’accord de ses parents a été obtenu, son petit cœur a été prélevé dans le but d’être greffé à l’hôpital Necker, à Paris, où un jeune patient en a besoin pour vivre encore. Le docteur Dionys Lorant du Tertre (1) est venu spécialement pour prendre l’organe en charge afin de procéder à la greffe. Or, depuis midi, avions et hélicoptères sont désespérément cloués au sol par la tempête hivernale en cours. Le trafic aérien est détourné vers les aéroports voisins. Les appareils du SAMU, ceux de la sécurité civile, comme les avions civils, bloqués au seuil des pistes de Nantes-Atlantique, attendent l’autorisation du contrôle aérien pour décoller, mais on ne prévoit pas la moindre amélioration de la météo avant l’aube. Reste l’armée de l’Air, mais la réponse des militaires, qui craignent pour la sécurité de leurs précieuses machines volantes, se fait attendre. Les bourrasques atteignent 130 km/h. Même conservé au froid, le greffon ne peut ...
    absolument pas attendre plus de trois heures supplémentaires. Si l’opération n’a pas commencé à trois heures, il faudra l’annuler, car le cœur commencera à se dégrader. Aucune solution n’est en vue, et le découragement, allié à la fatigue, commence à s’entendre dans les voix des participants à la réunion. Lucie frappe à la porte, puis entre sans attendre et fait un pas dans la salle. Sa silhouette menue, revêtue de son habituelle blouse blanche, se découpe dans la pénombre du couloir. Sans même se retourner, le directeur de l’hôpital perçoit son odeur particulière qu’il connaît bien. Il soupire : — Lucie, laissez-nous, je vous prie. Nous sommes occupés, vous le voyez bien.— J’ai entendu dire que vous avez besoin d’aller à Paris, et d’y être pour trois heures. Si on ne perd pas de temps, c’est encore possible : mon ambulance attend en bas, avec le plein. Nous pouvons partir immédiatement.— Banco, dit le médecin en se levant d’un bond. Je vous suis.— Bon courage, dit le directeur. On voit bien que vous ne la connaissez pas.— Non, et d’ailleurs je m’en fous complètement : j’ai un cœur à greffer, voyez-vous, et pas de temps à perdre. C’est parti. D’une main, il attrape sa mallette, de l’autre, la poignée de la glacière qui contient le cœur à greffer, et il quitte la salle en se contentant d’un signe de la tête pour dire au revoir au groupe. Dionys et Lucie sont seuls dans l’ascenseur qui descend vers le sous-sol. Il perçoit l’odeur particulière de celle qui l’accompagne, mais cela ne ...
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