1. La fente ou la forme


    datte: 14/01/2019, Catégories: fête, Oral, Auteur: Samuel,

    Le grand salon était maintenant vide. Le feu de bois dans son âtre craquait quelques brindilles ; de ses dernières braises, il faisait briller encore verres et bouteilles sur les tables. Les invités avaient repris, dans des conversations feutrées, manteaux et chapeaux et s’écoulait par les couloirs aux tapis lourds le flot des gagnants et des perdants aux jeux de l’amour et du hasard. Le croupier avait fermé boutique et emporté la banque. Un grand chien nonchalant était monté se coucher au pied du lit de sa maîtresse. La Lune, comme la coupe, était presque pleine. Seules deux ombres restaient adossées à la bibliothèque en bois de merisier. Il s’avança et demanda : — Vous êtes une femme, n’est-ce pas ?— À votre avis ?— Une femme, je crois.— Vous croyez ?— Ou alors un homme, peut-être— Oui, peut-être— Mais enfin, vous me plaisez.— Oui ? Sans savoir si je suis homme ou femme ?— Bon, vous, vous êtes un homme, ça se voit. Oui moi, c’est quasiment Enfin, je veux dire, c’est évident.— Ma voix ne vous dit rien ?— Je ne pense pas l’avoir déjà entendue.— Non, je voulais savoir si elle vous donnait une indication.— Ah, oui, mais cela dépend.— Dépend de quoi ?— Dépend de certains mots. Par exemple, quand vous dites « peut-être », je suis presque convaincu que vous êtes une femme.— Oui ?— Mais il suffit que vous disiez « vous croyez » et je me dis que seul un homme peut prononcer ainsi « vous croyez ».— Vous croyez ?— Oui, sur le « vous croyez », je serais assez affirmatif.— Mais les ...
    cheveux— C’est une coupe unisexe, n’est-ce pas ?— Oui, mais la texture— Je n’ose pas encore toucher— Osez donc.— Oui, la texture, effectivement. Assez clairement féminine, non ?— Ah, c’est à vous de voir.— Si vous me permettez, laissez-moi caresser le cou. Pour moi, c’est déterminant, le cou.— Je vous en prie.— Oui, la chair respire l’homme, mais il y a un petit quelque chose qui me dit que— Ôtez la chemise, vous y verrez plus clair.— Vraiment, vous m’autorisez ?— Bien sûr, puisqu’on va finir dans les bras l’un de l’autre, selon toute vraisemblance— Bien, cette chemise, c’est assez drôle, ma femme portait la même. Mais en fait, elle portait la mienne Toute la journée, quand elle restait à la maison, elle était nue, juste avec cette chemise qui lui descendait aux genoux. Excitante, et pourtant pudique. Excitante, sans le vouloir. Des amis, des visiteurs venaient qui ne ressentaient pas son impudeur, parce qu’ils ne pouvaient supposer une seconde qu’elle ne portait que cela. Tandis que moi, qui savais— Bon, alors ce dos dissipe-t-il vos soupçons, vos interrogations ? Comment se passe votre investigation ? Dites-moi, car de dos, je ne vois même plus la concentration qui anime votre visage.— C’est un dos que j’aime, comme le reste. C’est toujours la même confession que je vous fais. Je resterais des heures à contempler ces épaules et ces reins.— Pensez à moi, mon cher. Des heures debout, à écouter des compliments, certes mais c’est tout de même un peu long.— Oui, je sais, je suis ...
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