1. Un après-midi, en automne


    Datte: 30/01/2019, Catégories: fh, hplusag, rousseurs, profélève, hdomine, intermast, Oral pénétratio,

    C’est un après-midi d’automne ordinaire dans ma vie d’étudiante. J’assiste à un cours dans un amphithéâtre mal chauffé, je dessine vaguement sur ma feuille au lieu de prendre des notes. J’aimerais être une étudiante brillante mais mon esprit est ailleurs. Un drame est arrivé dans ma famille il y a quelques semaines et il a remis en question mon chemin bien tracé vers l’avenir. Les études, mon premier emploi, mon futur mari, le pavillon dans un quartier calme, les enfants, le monospace. Je suis distraite, à me demander ce que je fais ici. Mon professeur, un homme d’une soixantaine d’années je suppose, s’éclaircit la voix et repose maladroitement le micro sur le bureau. Un sifflement aigu sort de l’objet et me ramène à la réalité. Ma réalité ? Je m’appelle Louise, j’ai 23 ans. Je suis en première année de master pour devenir professeur des écoles. « Maîtresse », comme on disait avant. Je suis globalement une fille ordinaire. Pas trop grande, pas trop petite. Pas trop mince, pas trop enrobée. Mon signe particulier ? Mes yeux verts pétillants et surtout ma constellation de taches de rousseur. Petite, je m’amusais à les relier avec mes feutres. L’intervenant du cours d’aujourd’hui vient de s’emparer du micro. Sa prestance s’empare, elle, de mon attention. Le micro continue de siffler ; il le repose et décide de parler sans. Sa voix est posée mais reste forte. Il a une quarantaine d’années, il est pédopsychiatre. L’universitaire classique : veste de costume, cheveux décoiffés et ...
     petites lunettes. Son regard est vif et perçant. Il continue son intervention sur le développement psychique de l’enfant et nous regarde un à un tout en parlant. Vient mon tour. Ses yeux dans mes yeux pour deux secondes, peut-être moins. J’essaie d’avoir l’air détendu mais intérieurement je suis entre la panique la plus totale et l’envie de lui sauter au cou. Je passe le reste de son intervention à l’observer, à essayer de décrypter ce que sa voix ne dit pas. Un fil qui dépasse de sa veste, son sac usé. Je me lève et sors de la salle à contrecœur lorsque son exposé se termine. Toujours dans mes pensées, je me dirige vers le bus qui va me déposer dans le centre-ville. Une main qui me tape sur l’épaule ? Je me retourne et je vois le pédopsychiatre qui, visiblement, est en train de s’adresser à moi. Je retire mes écouteurs pour comprendre ce qu’il me demande. — Mademoiselle ? Vous étiez au cours de gestion de classe aujourd’hui, n’est-ce pas ? J’acquiesce avec un sourire, lui désigne deux places libres dans le bus ; nous nous installons. Il me demande mes impressions sur son intervention. Nos épaules et nos cuisses se touchent. Une lutte s’installe entre mes neurones qui tentent de formuler des réponses intelligibles, sans grand succès, et mes terminaisons nerveuses qui sentent la chaleur de sa peau malgré les tissus qui nous séparent. Le trajet se passe en un éclair, à mon grand regret. Il m’invite à aller boire un thé dans son bistrot préféré. Je n’ai toujours pas retrouvé ma ...
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