1. RER


    Datte: 14/02/2019, Catégories: fh, fplusag, extracon, inconnu, train, Oral nopéné, occasion,

    Grâce à la CGT Je m’appelle Marie. Je suis chargée d’affaires auprès des PME dans une grande banque. Mon bureau est dans une des tours en verre de la Défense. J’habite place de la Nation. À l’opposé de Paris. En temps normal, il ne me faut que quarante minutes pour y aller grâce au merveilleux RER A, véritable bétaillère des temps modernes. J’évite autant que possible les heures les plus chargées, car je dois toujours rester présentable. Ce qui n’est pas vraiment dans « l’esprit RER ». Le port de l’uniforme tailleur ou pantalon droit, chemisier, talons courts, collants, est de rigueur dans nos bureaux. Il faut essayer d’avoir un charme discret et surtout éviter les tenues provocantes ou négligées. J’évite donc de couper trop court mes jolis cheveux bruns. Et en conséquence d’affronter la foule des wagons surpeuplés. Je ne souffre pas trop de mon âge (42 ans, peut-être juste un peu plus) et garde une silhouette agréable. À peu de choses près, on dirait une de ces filles dans les publicités qui expliquent que le vrai bonheur est une bouteille d’eau minérale près du photocopieur, et presque (à 5 kg près quand même) à celles qui regardent depuis leur bureau vitré ces ouvriers musclés qui boivent leur Coca-Cola. Je suis plus séduisante que celle qui semble trouver son bonheur dans la mastication de chewing-gum fluoré sans sucre à la place du dentifrice en sortant de la cantine. Nous avons, avec mon mari, deux enfants lycéens qui prennent l’essentiel de ma vie. Mais ne sommes-nous ...
     pas programmés pour vivre ainsi ? Mais depuis cette grève des transports, cette vie tranquille est en train de basculer Mardi 10 avril 2018 Il est 17 heures 30. C’est la deuxième journée de grève à la SNCF. Ils annoncent un train sur deux seulement, sur le site de la RATP. Tant pis, il faut que j’y aille. J’ai promis de rentrer plus tôt ce soir pour aider mon fils à faire son allemand. Ça va encore être l’horreur. En plus, je suis en jupe aujourd’hui. J’avais un rendez-vous avec un client dans la salle de réunion pour lui présenter le nouveau système de gestion de trésorerie, qui va généreusement lui permettre d’encaisser un grand 0,025 % mensuel sur ses comptes à terme. « Quand le produit n’est pas terrible, il faut travailler l’emballage », disait mon père. Enfin, peu importe, il fait presque beau, l’hiver s’est enfin adouci et les grosses chaleurs n’ont pas encore commencé. Arrivée sur le quai, les choses commencent mal. Le prochain train est dans dix minutes. Le quai, qui était déjà bondé, est maintenant noir de monde. On est déjà à l’étroit. 18 h 05. La rame arrive enfin. À cette heure, peu de descentes. Je joue des coudes et parviens à me faufiler au centre de la rame. Pendant quelques minutes, on est bousculé de tous les côtés. Les entrants poussent et pressent les passagers, le plus possible afin de pouvoir partager ces petites joies quotidiennes ! Quinze minutes à tenir debout sans pouvoir bouger, sans presque pouvoir respirer. Coincée du haut de mon 1,65 m entre les ...
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