1. Le Radiateur (1)


    Datte: 24/03/2019, Catégories: Hétéro

    Trois semaines que la chaudière de l’immeuble était hors-service, et jamais réparée. Nous étions début janvier, elle avait rendu l’âme une semaine avant Noël, autant dire que les services de réparation avaient bien mieux à faire que de remplacer une pièce qui chauffait toute une résidence ! Impossible de sortir de son lit, de la douche – fort heureusement l’eau chaude marchait toujours – et il fallait se vêtir d’au moins deux gros pulls en laine pour avoir un peu chaud en intérieur. Ajoutons à cela l’aérateur qui était directement relié à dehors, et la moindre petite chaleur était perdue. Le thermomètre que j’avais placé dans ce qui me servait de salon peinait à dépasser les 10°C. C’était particulièrement difficile de travailler, immobile, à taper sur l’ordinateur avec les doigts gourds et gelés, en les réchauffant tant bien que mal avec un mug de tisane ou de thé brûlant. Pour tout arranger, nous n’avions aucune nouvelle des plombiers ; le concierge restait vague quand on lui en demandait et il n’avait pas changé le papier de prévention de réparation depuis le début du problème. Tout ce que nous savions, c’était que la pièce défectueuse ne se vendait plus de nos jours et devait être usinée. On pouvait en avoir pour encore longtemps. Je revenais du boulot, dans le froid glacial et venteux, sans même l’espoir de pouvoir me retrouver au chaud à l’intérieur. Mon programme était : boisson chaude, travail et couvertures sur les épaules et les genoux. Chaque jour passant, ...
     j’avais l’impression d’être la caricature d’un vieux. Ce n’était pas faute d’avoir essayé plein d’astuces pour soulager ma peine : demander à passer chez des amis par exemple ; mais les amis, aussi sympathiques soient-ils, ne pouvaient pas m’accueillir tout le temps et surtout, pas vraiment la nuit. Mais cela me faisait relativiser : au moins je ne vivais pas dehors. Je n’étais pas tant à plaindre que ça. Après avoir déposé mes affaires et lancé la bouilloire, je descendis dans le couloir de l’entrée pour récupérer le courrier. C’est alors qu’une femme entra de la rue et se dirigea elle aussi vers les boîtes. — Bonjour. — Bonjour. Elle était splendide et superbement habillée. Enfin, pour ainsi dire. Mais son manteau noir cintré illustrait une silhouette élancée autant qu’élégante. Ne l’ayant jamais vue auparavant, j’osai lancer la conversation : — Vous êtes là depuis longtemps ? — Hum ? Oh, ça fait bientôt trois mois. Et vous ? — Un an. J’habite au deuxième. — Vraiment ? fit-elle étonnée. Quelle porte ? — Celle de gauche, pourquoi ? Vous êtes de celle de droite ? — Non, moi c’est au troisième, porte gauche aussi ! Je suis juste au-dessus de vous ! — Ah ! Je comprends mieux, c’était donc votre déménagement et votre crémaillère, tout le bruit ! En effet, trois mois plus tôt il y avait eu un boucan infernal pendant quelques jours, ce qui m’avait souvent empêché de travailler correctement, ainsi que la pendaison de crémaillère qui avait eu lieu la veille d’une réunion matinale très ...
«1234»