1. Braquage


    datte: 17/06/2017, Catégories: handicap, nonéro, policier, policier, Auteur: Rain, Source: Revebebe

    Il est 8 h 53 à l’horloge de la caisse. Je viens de couper le moteur de la 205 GTI que nous avons tiré à un couple de jeunots la veille à Rodez. Les rayons du soleil réchauffent nos corps à travers le pare-brise en cette fin de mois d’octobre. Dans deux minutes, peut-être moins, Émile et moi pénétrerons dans la petite Poste du village, nos visages dissimulés derrière nos cagoules. Dans trois minutes, mon fusil à canon scié et le pistolet d’Émile se dirigeront vers le sommet du crâne du chauve qui accueille les clients derrière son guichet. Dans environ cinq minutes, j’espère moins, nous devrions quitter le lieu avec quelques milliers d’euros et nous nous enfuirons de ce trou paumé du fin fond de l’Aveyron pour nous rendre dans un autre village, tout aussi perdu. J’ai garé la voiture, comme lors de ma premièreexpérience, dans une ruelle située derrière La Poste. Émile glisse son flingue factice (bien qu’il ne le sache pas) dans son jean qu’il recouvre de sa chemise polaire. Il est assis à l’arrière du véhicule. Je retire la clé du démarreur et observe dans le rétroviseur le visage enfantin de ce colosse de plus de deux mètres dont le poids avoisine les cent quarante kilos. Je ne le connais que depuis une semaine, mais il me laisse l’étrange impression d’être un ami de toujours. J’ai croisé la route d’Émile la semaine dernière, à quelques kilomètres de Decazeville, dans la campagne profonde. Je vadrouillais depuis deux jours à la recherche d’une baraque isolée. Après un ... premier casse, plutôt réussi, j’avais besoin de liquidité pour mes dépenses quotidiennes et, dans le trou du cul des départements français, les fermes perdues au milieu de la pampa étaient légion. Lorsque j’ai frappé à la porte, j’avais l’intention de piquer un peu de pognon aux agriculteurs. Lors de mes repérages, j’avais remarqué que le couple de paysans était absent de la maison toute la matinée et ne rentraient que vers dix-neuf heures, voire bien plus tard si les tâches agricoles étaient conséquentes. Arrivé à 7 h du mat, les mains gantés, je sonne, tambourine contre la lourde, demande s’il y a quelqu’un, insiste en braillant plus fort. Personne ne répond. Pourtant, mon oreille capte de l’autre côté de la maison du bruit que j’assimile rapidement à des cris. En contournant la bâtisse par le jardin, je m’avance vers ces cris qui se muent en couinements. Un cochon, peut-être ? Je progresse le plus lentement possible, évitant de faire le moindre bruit. On ne sait jamais, les agriculteurs sont peut-être présents et nourrissent leurs animaux. Au fur et à mesure que je m’approche des couinements, je réalise qu’ils sonnent étrangement humains. Un enfant qui chouine probablement. J’entends aussi une voix masculine qui hurle quelque chose d’incompréhensible. S’il y a une chose que je déteste, ce sont les salauds qui s’en prennent injustement aux gamins. Ces gens-là me poussent à devenir violent. Plus je me dirige vers le bruit et plus je suis convaincu qu’il s’agit d’un enfant qui ...
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