1. L'île


    datte: 18/06/2017, Catégories: nonéro, Auteur: HugoH, Source: Revebebe

    nouvelle, le petit Rubben, les joues bien rondes, les yeux grands ouverts, offrait le plus beau de ses sourires à son papa. On s’extasiait, les collaborateurs qui passaient dans son bureau reconnaissaient volontiers qu’il s’agissait là d’une sacrée belle famille. N’était-ce pas bon ? N’était-ce pas encore plus grisant que l’on complimentât ainsi sa propre descendance plutôt que le flatter, lui ? Parler d’eux en bien, c’était toucher son propre cœur. Que de fierté. Quand la fatigue venait à pointer son nez, il passait son index sur les joues de chacun. Puis appelait la maison pour savoir comment les choses se déroulaient. Avec le temps, il discernait mieux à quel point la quiétude de son foyer et l’amour qu’il portait à sa famille parvenaient à lui rendre le labeur agréable. Non qu’il n’appréciât pas sa fonction mais peut-être que les années faisaient leur œuvre et que les heures pesaient un peu plus. Juste un peu. La nature avait été généreuse envers lui, mais comme tous les hommes gâtés, il n’estimait ne rien devoir à quelque force supérieure que ce soit et encore moins à la chance. Certainement, intuitait-il, la raison de son succès ne devait tenir qu’à la pure trajectoire des lignes droites qui électrisaient sa matière grise. Et à une bonne paire de couilles aussi. Ça ne gâchait rien. Souvent, il animait d’importantes réunions dans une salle spacieuse et confortable de l’une des plus hautes tours de la ville. Parlait chiffres et orientations stratégiques, portefeuilles, ... grands comptes et dividendes. Des femmes et des hommes acquiesçaient dans la lumière filtrée light par des verrières de dernière génération. Les nuages avançaient en accéléré au-dessus d’eux. C’était un phénomène naturel, il l’avait constaté à de nombreuses reprises. Le temps à cette hauteur n’était pas le même que pour les gens du bas. Dans ses instants les plus mystiques, il estimait qu’on vieillissait moins vite sous ces latitudes. Il plaisantait là-dessus. Et les ombres en costumes ou tailleurs souriaient / riaient même franchement en se faisant servir un drink glacé. Il faisait du sport en salle. Optimisait son rythme cardio-vasculaire. Travaillait le fond et l’explosivité. Ses bilans de santé étaient bons, d’ailleurs, il n’en appréhendait absolument pas les résultats quand son médecin tendait vers lui la fiche emplie de chiffres et de quotients. C’était une nature, une réussite génétique, et bien qu’il détestât cordialement ses parents, il leur reconnaissait au moins le mérite d’avoir bien travaillé. Leur putain de grande œuvre. Il imaginait une nuit de pleine lune, brûlante, étouffante, sa mère les jambes écartées, son père la besognant sans grâce. Dans les limites de leur champ d’action, c’était déjà beaucoup et ça vaudrait bien un pot de fleurs chaque année sur leur tombe quand le temps serait venu. D’ailleurs, il avait déjà organisé les choses. D’un point de vue financier, s’entend. Pour le reste, il leur laissait le choix de l’endroit et du Modus Operandi. Il avait ...
«1234...18»