1. L'île


    datte: 18/06/2017, Catégories: nonéro, Auteur: HugoH, Source: Revebebe

    trois belles voitures. Trois allemandes. Un coupé, une berline, et un monospace qu’il entreposait dans son spacieux parking de sa non moins spacieuse demeure du non moins sécurisé et entretenu au poil de cul près quartier résidentiel. En buvant son whisky le soir, il observait le coucher de soleil par sa baie vitrée et se disait souvent que les choses, certainement, ne pourraient être meilleures. Il lui était difficile de dater exactement les prémices. De savoir quand les premières appréhensions étaient arrivées. Peut-être la naissance de Rubben. Ses premières dents ? Peut-être l’entrée à la maternelle de Léane. Son sommeil alors agité, ses pleurs au réveil ? Peut-être ces moments étranges où il avait tenu ses enfants, minuscules nourrissons tremblotants dans ses bras, ressentant toute leur fragilité, leur incapacité à faire face à ce monde terrifiant sans lui. Peut-être aussi les petites faiblesses de Sophia, ses humeurs qui pouvaient devenir franchement maussades les mauvais jours. Quelle importance ? Toujours est-il que Karl s’était mis à s’inquiéter. Puis à s’angoisser outre mesure. De façon plus ou moins raisonnée. Puis tout à fait irraisonnée. Une fièvre, un manque de tonus, une poussée de boutons, tous ces petits symptômes bénins trouvaient en lui un écho démesuré. Le travail le calmait néanmoins, anesthésiait ses sourdes inquiétudes. Ça et les nombreux appels qu’il passait durant la journée à Sophia. À ces angoisses diffuses était bientôt venu se greffer un ... agacement inhabituel. Au travail, ses coups de gueule devinrent plus fréquents, lui dont on louait auparavant le calme et la facilité cédait soudainement à des colères étonnantes et peu appropriées diraient plus tard certains collaborateurs sous le sceau de la confidentialité. Karl se surprenait à s’énerver tout seul pour des choses qui auparavant l’auraient laissé de glace. Un comportement cavalier au volant, le simple oubli d’un clignotant, un portable qu’on décroche sur l’autoroute, attendre la note au restaurant, faire la queue dans un magasin, se faire doubler dans la rue, ces gens qui le frôlaient ou parlaient bien trop près de lui. Avec le temps, il en était venu à trouver ces situations totalement inacceptables. Combien d’invectives, combien de prises de risques pour venir hisser son coupé à hauteur du conducteur fautif et le menacer du poing ? Combien de fois avait-il fendu la foule de cette façon énergique qui faisait sembler sa marche à l’avancée d’un tank. Ces faiblesses étaient nouvelles. Déroutantes. Quoiqu’il en soit, l’angoisse prit corps au fil des jours jusqu’à devenir un ennemi quotidien auquel il pensait chaque matin en se levant. L’irritabilité mua. Et les vertiges apparurent. S’installèrent. Ses jambes s’alourdissaient, sa bouche s’asséchait en un battement de cils. Sans parler de cette foutue paranoïa, simple susceptibilité mal placée au début, qui vint avec les jours placer dans la bouche de ses interlocuteurs quelques sous-entendus déplaisants. Jusqu’à un ...
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