1. L'île


    datte: 18/06/2017, Catégories: nonéro, Auteur: HugoH, Source: Revebebe

    certain point les choses étaient restées contrôlables, un peu de sport, un verre ou deux, quelques cachets, même s’il sentait au fond de lui qu’elles ne s’arrangeaient pas, bien au contraire, et, de fait, jusqu’au premier anniversaire de Rubben, les tensions ne firent qu’empirer. En quelques mois, sa vie idyllique ne le fut plus qu’en surface. Jusqu’à ce jour d’avril où la surface elle-même se brisa. C’était une matinée lumineuse. Il régnait dans le parc enserré de gigantesques buildings un froid sec et clair. Des nuées d’enfants allaient et venaient en tous sens, sans logique apparente. Sophia, rassurante, passait sa main sur le dos de son fils dont les jambes se contractaient en même temps qu’un sourire légèrement désaxé tiraillait son visage. « Tous ces mioches », avait murmuré Karl en serrant les mains de son fils, « tous ces mioches, ça me rend nerveux ». Plus loin, deux manèges surchargés tournoyaient sans grâce. Rubben s’était lancé. Et ses paumes avaient échappé aux siennes. Il avait allongé les jambes, aligné les petits pas jusqu’au bac à sable, manquant plusieurs fois de se faire renverser par des petits excités qui lui rendaient bien une tête. « Merdeux, tas de merdeux », avait marmonné Karl tandis que ses pieds frottaient nerveusement le sol. Les cheveux clairs de son fils déjà se mêlaient à cette gigantesque marée infantile qui donnait l’assaut au moindre éclat, à la plus petite forme jusque-là épargnée. Karl les trouvait laids tous ces enfants. Il aurait voulu ... balayer le chemin de Rubben, écarter ces masses qui lui semblaient impropres. Pourquoi, bordel, pourquoi semblaient-ils tous si agressifs ? Un vertige le fit vaciller et il observa soudain sa main tremblante qui se tendait encore dans l’air, agrippée à une présence invisible. Il aurait dû être heureux pourtant ; n’était-ce pas là un jour gavé d’histoire, de celle qu’il raconterait en boucle à qui voudrait bien l’entendre. Au bout d’un moment, il n’y tint plus et rattrapa la main de Rubben, soufflant un peu de la tension qui s’était accumulée. De son côté, Léane jouait avec entrain. Il l’observait courir à en perdre haleine. Les cris des enfants s’élevaient dans la lumière dure. Sophia filmait avec son appareil numérique. Images compressées qui viendraient s’ajouter aux mégaoctets sur leur disque dur et disparaître en flux réguliers vers d’autres disques durs, vers d’autres regards qui s’ennuieraient grandement en observant les sots mouvements. Les premiers pas de Rubben, tu te rends compte, les premiers pas de Rubben ! Je les ai eus ! En définitive, elle avait l’air tendu, elle aussi. Léane jouait avec un ballon bleu. Et Karl sentait bien aux pressions régulières qu’exerçait la main de Rubben dans la sienne que son petit frère brûlait de la rejoindre. Il y avait tellement de monde. Il y avait toujours trop de monde dans ce foutu parc. Il avait bien songé à aller ailleurs, mais, Doux Jésus, cette planète était remplie de gens. À moins de choisir un chantier ou une salle porno ...
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